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# Quand l’effort de guerre crée une robe iconique
- URL: https://www.makeitcouture.fr/quand-leffort-de-guerre-cree-une-robe-iconique/
- Published: 2026-08-29T10:00:00.000Z
- Updated: 2026-08-29T13:42:04.000Z
- Description: Il était une fois une créatrice de lingerie qui devait trouver des subterfuges pour contrer les restrictions imposées sur les tissus...
- Author: Milène Danel
- Tags: La petite histoire, Articles

Le 8 avril 1942 aux Etats-Unis, Sylvia Pedlar est tendue : le WPB (War Production Board) a réuni en grandes pompes toute la presse pour dévoiler le tant redouté General limitation Order L85, qui détaille l’ensemble des mesures – et plus particulièrement des restrictions - qui s’imposeront désormais aux professionnels de la mode en matière de création textile.

Cela fait maintenant quatre mois que la base américaine de Pearl Harbour a été bombardée par l’aviation japonaise, et que les Etats-Unis ont déclaré leur entrée officielle dans la Seconde Guerre mondiale. La production industrielle du pays est depuis entièrement tournée vers les besoins de l’armée, et l’industrie textile est l’un de ses atouts les plus précieux : la laine, le cuir et le nylon sont déterminants pour la confection des équipements et des tenues militaires, tout comme la soie, réduite à peau de chagrin depuis l’arrêt des importations en provenance du Japon. Il a donc très vite fallu trouver des solutions pour réguler le secteur et réorienter la production. Et cette épineuse tâche a été dévolue au WPB; une agence fédérale créée spécialement pour l’occasion par le président Franklin D. Roosevelt. 

Pour atteindre ses objectifs le WPB élabore une stratégie en deux temps : tout d'abord, il en appelle au patriotisme des Américaines à grands renforts de propagande. On ne gaspille pas les vêtements, ils doivent être conservés, réparés, réutilisés. Pour les inciter à confectionner et retoucher elles-mêmes les vêtements du foyer, des patrons leurs sont fournis, des tracts leur sont distribués et les magazines consacrent des pages entières aux conseils couture et raccommodage. On reprend même le slogan « Make, Do, and Mend » popularisé au Royaume-Uni. Pendant la guerre, la mode patriotique est avant tout celle qui arbore fièrement les marques du réemploi.

![](https://storage.ghost.io/c/30/75/307524fd-a6c6-4f45-854c-2a36eab9ef12/content/images/2026/08/111-1-799x1024.jpg)

Un tract américain pendant la seconde guerre mondiale

La seconde partie du plan du WPB consiste à imposer des rationnements sur les tissus aux professionnels du secteur. C’est là qu’intervient la fameuse Regulation L-85 du 8 avril 1942\. Elle pose de manière claire les nouvelles règles du jeu de la mode, en détaillant ce qu’il est autorisé ou interdit de faire lors de la confection d’un vêtement. Ainsi les jupes et les robes doivent être plus courtes et leur envergure réduite. De manière générale les vêtements doivent être moins amples. Les manches ballons sont interdites, tout comme les plis, les volants et les fronces qui consomment beaucoup de tissu. Les détails et ornements sont aussi strictement régulés : une seule poche par vêtement est par exemple autorisée.

Sylvia Pedlar est déçue, elle scrute la petite liste d’exceptions qui échappent aux restrictions, espérant, à chaque lecture, que la lingerie apparaîtra miraculeusement sur cette liste, aux côtés des robes de mariée ou des vêtements de maternité. Malheureusement il va falloir se résigner. Mais la talentueuse créatrice d’Iris lingerie, connue pour ses designs aboutis et innovants, n’est pas prête à transiger. En 14 ans elle a réussi à imposer sa marque comme une référence de la lingerie auprès des clientes et des connaisseurs du secteur, sans que jamais elle n’ait eu à faire la moindre publicité : la qualité parle d’elle-même. 

Elle ignore encore que son succès ne s’arrêtera pas là. Quelques années plus tard elle comptera parmi ses célèbres clients, des personnalités comme la première dame des États-Unis Jackie Kennedy, ou encore le grand couturier Hubert de Givenchy, qui lui achètera régulièrement des ensembles pour ses amies les plus chères (comme une certaine Audrey Hepburn).

Mais pour l’heure, ce qui préoccupe Sylvia Pedlar ce sont les stratagèmes qu’elle va devoir mettre en place pour préserver l’identité et la qualité des vêtements « Iris Lingerie ». Elle qui s’est fait connaître pour ses baptistes de coton, mousselines de soie, et pour ses longues chemises de nuit vaporeuses et légères aux inspirations victoriennes, va devoir changer ses modèles, et peut-être même de façon radicale. C’est là que lui vient l’idée de la mini nightgown (comme elle l’appelle), qui va poser le premier jalon d’une petite révolution dans l’histoire de la mode féminine. Ils veulent raccourcir, qu’à cela ne tienne, on va raccourcir ! 

Elle imagine. Pour ce nouveau modèle on va conserver les bases : une taille empire, et des matières fluides et vaporeuses. En revanche les manches longues, gourmandes en tissu, seront entièrement retirées, et pour la longueur, on la réduit au maximum. Le WPB veut un ourlet sous le genou, on va créer un ourlet sous les fesses. Évidemment le modèle sera porté sur un bloomer (une sorte de sur-culotte que l’on met sous les robes), pour ménager la morale. Avec cette mini nuisette elle pourra ainsi offrir à ses clientes le confort et l’envergure d’une coupe trapèze sans trop de volume, tout en permettant l’ajout aux modèles de quelques rubans et dentelles pour plus de raffinement.

Cela fait déjà plusieurs années que la lingerie propose des coupes un peu plus courtes et amples que les tenues de jour, mais la radicalité du nouveau design de Sylvia Pedlar séduit. Il ne faudra pas attendre longtemps pour que cette coupe simple et facile à reproduire devienne le style à la mode chez les Américaines. 

Cette coupe, c'est bien sûr la coupe babydoll, mais si le design se popularise largement comme une référence de la lingerie au cours de la décennie, il faudra attendre encore plusieurs années – et le film éponyme d’Elia Kazan – pour que le terme « babydoll », devienne le nom consacré de ce style emblématique. Il paraîtrait d'ailleurs que Sylvia Pedlar détestait ce nom...